Me sont confiés de nombreux enfants, accompagnés par leur mère le plus souvent, et parfois, les parents ensemble, offrant un regard croisé riche d’informations complémentaires. L’organisation n’est pas simple de nos jours, les créneaux sont chargés de travail, de trajets parfois longs et l’envie de bien faire pour nos enfants suscite une remise en questions chronophage et stressante.
Ce sont donc souvent des parents épuisés qui frappent à ma porte, ne dormant pas depuis la naissance de leur petit, parfois 4 ou 5 ans après cette arrivée, ou ne comprenant pas le comportement de leur enfant qui, pourtant, est écouté, et dont ils tiennent compte en le mettant au centre de leur vie.
Que se passe-t-il ?
Quand un enfant arrive dans la vie du couple, il la bouleverse complètement : les parents suivent pas à pas le rythme et les besoins du bébé en y répondant et, souhaitant le « meilleur » pour leur tout petit, s’inquiètent au moindre pleur de l’enfant.
On oublie trop souvent, que le seul moyen pour l’enfant de s’exprimer, réside dans les chouinements, les râles, les pleurs… souvent sans aucune larme. Il découvre la vie sur Terre, avec des surprises agréables, et d’autres qui ont un goût amer : bruits, fesses salies ou humides, faim, contact humain varié, odeur « autre »…
L’enfant pleure, crie, mais cet enfant va bien ! Manifester un désaccord ne veut pas dire souffrir vraiment. Aucun problème ou gravité à l’horizon ! Il expérimente, goûtant des plats qu’il apprécie et d’autres qu’il n’aime pas. Tout simplement.
L’inconnu est surprenant, même pour nous adultes. Chaque jour nous sommes confrontés.es à la vie, et non à récolter « ce que nous voulons », n’est-ce pas ?
Nous avons appris à « faire avec », et apprenons chaque jour à nous amuser, ou pour le moins, à nous nourrir de ce qui est.
Notre devoir de parent, d’accompagnant auprès d’enfants, consiste à voir l’aptitude chez l’enfant à grandir, à « faire avec », à s’adapter à ce que la vie lui sert. Comme nous l’avons fait enfants.
Aimer contient la confiance. Les bébés ignorent tout de ce monde. Les accompagner sous-tend une confiance en leur capacité à « faire avec ». S’ils se manifestent par des cris ou des pleurs, il est important d’entendre leur message et de leur dire que « oui, ton rythme doit se caler progressivement sur le nôtre, celui de tous les terriens : nous dormons la nuit et partageons nos activités le jour », ou encore « cette règle ne te plaît pas, mais elle est celle du « vivre ensemble » qui nous met tous.tes en lien. Elle ne changera pas. Apprends à la faire tienne », et « tu peux compter sur nous pour t’accompagner, te redire la règle chaque fois que tu t’exclus de nous tous en l’oubliant ».
Être libre ne signifie pas « faire ce que l’on veut », mais être heureux.se avec ce qui est, faire avec ce qui est.
Apprenons à différencier les pleurs liés à un besoin non couvert, de ceux liés à l’expérience nouvelle et nécessaire, ressentie parfois comme désagréable par nos enfants. Tous doivent être écoutés mais seuls ceux qui soulignent un besoin (les besoins physiologiques, les besoins de sécurité, les besoins d’appartenance et d’amour, les besoins d’estime et le besoin d’accomplissement de soi) doivent amener le parent à y répondre. Le désir de l’enfant doit être couvert par l’enfant uniquement.
Qu’un enfant ne « soit pas d’accord » avec la règle donnée ne doit pas changer la règle. La règle gênante est celle qui contrecarre souvent sa croyance d’être « le centre de la famille » voire « le centre du monde », d’où les relations difficiles à l’école. Il a mémorisé qu’en arrivant dans cette famille, les parents se sont mis à son diapason, à sa disposition, le laissant croire que c’était lui qui faisait les règles. Il n’en est rien, bien sur. Pour l’aider à trouver sa place, il est important de lui rappeler qu’il est « là » par l’amour du couple parental et qu’il représente cet amour, qu’il peut continuer de faire confiance à ce couple pour grandir dans ce monde. Et qu’il soit rassurer : seuls les parents (ou adultes à qui il est confié, choisis par ses parents) sont responsables, tenus de lui proposer un cadre sûr et aimant basé sur des règles communes.
Une règle permet de « vivre ensemble ». Y déroger c’est comme un code de la route qui changerait chaque jour : perte de sécurité engendrant une impossibilité à se déplacer sur la route !
Une règle ne demande pas l’avis ou le consentement de l’enfant. Aucun « d’accord ? » ou « s’il te plaît » n’est requis ! Nulle demande de ce genre n’est à faire à l’enfant : il n’est pas en charge des responsabilités du cadre. Elle doit être respectée et actée par tous les membres de la famille (ou de la classe à l’école…) ! Elle est, et grâce à elle on se sent en sécurité. Elle fait le cadre, cadre sur lequel on peut s’appuyer en toute quiétude quand il ne bouge pas !
Dans une famille chacun a une place précise, sécure et immuable. Nommer par « père », « mère », « aîné.e » ou premier.e né.e, « enfant »…, jusqu’au dernier, user de dessin pour clarifier cette place.
Je choisis le plus souvent l’élaboration d’un puzzle, dessin fait par l’enfant. Puis je lui propose de voir si la pièce à son nom peut remplacer celle de son frère/sa soeur, celle d’un parent... Curieux de voir que l’enfant qui, pourtant, sait parfaitement faire le puzzle, tente longtemps de trouver un subterfuge pour que « ça passe »… en vain !
Le soulagement après l’exercice est palpable : très rassurant de voir que personne ne prendra sa place, même s’il s’absente de la maison. Cette place reste sûre et inchangée. Comme sa valeur « amour » dans le coeur de chaque parent, d’ailleurs. Que quoiqu’il arrive rien ne changera l’amour qu’on lui porte. Et que oui, c’est de l’amour quand on lui dit « oui » ou « non » : on lui fait confiance.
Souvenons-nous que, quand une personne nous fait confiance, on souhaite en être digne et on relève la tête en s’appuyant sur nos compétences.
Il en va de même pour nos enfants…, quelque soit leur âge !
Quand l’enfant semble ne pas tenir compte de la règle, c’est qu’il la teste. Seulement un test : rien de « méchant » ou de « vicieux » chez lui. Tout pour s’assurer qu’il a bien compris et qu’elle ne change pas.
À nous de rester clair et ferme face à ce comportement qui « veut savoir« .
Pas facile d’accepter la déception ou la frustration de l’enfant. Souvenons-nous que chaque jour nous sommes frustrés.es ou déçues par la vie mais que c’est ainsi que l’on découvre la vérité : nous sommes frustrés.es ou déçus.es parce que l’on croyait faire la vie, comme si nous avions un pouvoir dessus. Alors que la vie se vit, telle qu’elle est.
Avoir confiance en la vie se place là : savoir que « ce qui se présente est parfait pour soi » est l’exercice du moment.
Je vous souhaite d’aimer suffisamment fort pour goûter chaque jour à cette confiance,
De tout coeur,
Nicole🌈💕

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